Publié le 28 avr. 25

La parole à Julien Marchaisseau Metteur en scène

Dans Moun Fou, l’une de vos précédentes créations, vous aviez travaillé sur la question de l’hybridation entre arts de rue, espace public et cultures urbaines. Avec Youth is not a crime !, vous avez choisi d’investir particulièrement l’univers du skate. Pourquoi ?
Ma culture est urbaine avant d’être du théâtre et des arts de la rue. Ayant grandi dans des quartiers populaires aux aménagements modestes, j’ai développé une créativité ludique pour explorer les espaces urbains. La pratique du skate a joué un rôle central dans cette approche, m’amenant à percevoir la ville différemment et à en révéler sa résonance poétique. Ce rapport intime à l’environnement urbain a influencé ma démarche artistique : depuis 15 ans, je crée des spectacles dans la ville, mobilisant ce "sixième sens" acquis grâce au skate. Cette dernière création est un hommage à cet héritage.

En octobre dernier, vous étiez à Brest pour deux journées de repérage qui vous ont permis de découvrir différents sites de pratique comme le skate-park Kennedy, la Place des Machines des Ateliers des Capucins ou encore le PLO à Plougastel-Daoulas. Qu’y avez-vous recherché ? Qu’est-ce qui a retenu votre attention et pourquoi ?
La singularité de ce projet réside dans la diversité et les contraintes des skate-parks qui imposent une adaptation constante. Une quinzaine de lieux dans cinq villes ont été explorés, permettant de constituer une "banque" d’espaces et d’imaginaires.
À Brest, trois lieux ont particulièrement marqué l’équipe : le skate-park Kennedy, où le centre-ville et ses mouvements se mêlent harmonieusement à la pratique ; la Place des Machines, un espace unique regroupant diverses pratiques artistiques et sportives ; et le PLO, un équipement récent et inclusif, idéal pour favoriser la pratique. Ces espaces nourrissent la création et donnent au spectacle une capacité d’hybridation avec chaque nouveau lieu.

À l’occasion de ce même passage à Brest, vous avez également rencontré la communauté skate de notre ville. De quelles manières ces rencontres nourrissent votre nouvelle création ?
Nous avons une approche immersive. Dans chaque nouvelle ville, nous visitons le skateshop local, véritable carrefour de la communauté de skateurs. À Brest, le Side Shore a facilité notre intégration, mettant en lumière les enjeux locaux de la pratique. Ce projet, sorte de "tour de France du skate", permet de découvrir une diversité d’individus et de motivations, tout en retrouvant des valeurs communes comme l’entraide et le dépassement de soi.
La pièce, sans prétendre être un « spectacle sur le skate », s’imprègne des valeurs et de l’essence de cette culture. Les échanges avec les membres de la communauté, les sessions partagées, et les histoires recueillies enrichissent l’écriture et la mise en scène. Youth is not a crime ! explore l’enfant intérieur, curieux et aventureux, et célèbre l’importance de la ville comme lieu accueillant cette poésie urbaine.