La ligue des flûtistes s’appuie sur des imaginaires très populaires tels que les contes et légendes, les forums sur le web et les fanfictions. Comment avez-vous pensé la circulation de ces imaginaires dans l’espace public entre culture populaire, tradition orale et théâtre ?
La ligue des flûtistes mêle la légende du joueur de flûte de Hamelin et une parodie de la saga Harry Potter, deux récits populaires venant du Moyen-Âge pour le premier, et des années 2000 pour le second. Pour exposer et jouer ce mélange des genres et des époques, je me suis inspirée de la tradition de la cantastoria : un récit illustré d’images et mis en musique. Cela me permet d’une part de « reprendre » l’univers de la fantasy à échelle humaine, racontée de façon artisanale. Par ailleurs, le travail sur les illustrations permet de mettre en scène les outils et les technologies grâce auxquelles circulent ces histoires : un ordinateur et un livre géant servent de support d’images. L’ordinateur et le forum internet peuvent être une métaphore de la place publique. Enfin, le décalage entre les univers et les époques est assumé : ils se rencontrent avec humour et distance, en complicité avec le public.
Dans cette création, la magie a une place importante. Comment s’incarne-t-elle et comment permet-elle de penser notre rapport au monde ?
La magie s’incarne principalement dans la parole : nous invitons l’auditoire à imaginer la magie. Il n’y a pas d’effets spéciaux, ni de tour de magie. Il y a en revanche un instrument de musique qui incarne la magie au sein de La Ligue des flûtistes : la flûte.
« Au travers des flûtes, vous pourrez parler au monde entier, au vent, au feu, à la biche, à l’aigle ou au ver de terre. » dit la Flûte (un personnage de l’histoire).
Dans le spectacle, cet instrument permet de se questionner sur notre relation aux autres - humains et non-humains - et surtout sur la façon dont on exerce notre pouvoir. Le pouvoir est souvent associé à la domination. Peut-il être une force rationnelle ? Il y a une autre forme de magie qui est explorée dans l’histoire, mais je n’en dis pas plus !
Comment travaillez-vous l’équilibre entre narration, musicalité et adresse au public ?
Nous avons écrit le texte et la musique de façon conjointe avec le compositeur et interprète Félix Masson. Notre envie est de créer de la musicalité dans la parole, avec notamment des passages versifiés, des jeux de mots, et des parties dialoguées dynamiques. Pour cela, la partition est portée par 4 conteur·ses multi-instrumentistes, en adresse directe et en interaction avec le public. Enfin, à la manière des comédies musicales, des airs chantés émergent régulièrement du récit pour faire vibrer l’émotion et incarner les personnages dans notre épopée magique.
