Pendant votre résidence, Brest deviendra un plateau de tournage insolite où les espaces publics se transformeront en scènes chorégraphiques décalées et poétiques. Que permet la réunion du cinéma et du spectacle vivant ?
La réunion du cinéma et du spectacle vivant permet de transformer le réel en espace de création partagée. Cette rencontre fera dialoguer l’instantanéité du geste chorégraphique avec la mémoire de l’image filmée, l’éphémère avec le durable et le réel avec le surréalisme.
Dans Ça tourne !, vous posez un regard oblique sur la ville, déformant volontairement le réel. Comment écrivez-vous les situations surréalistes qui prennent vie dans l’espace public et que révèlent-elles de nos usages quotidiens selon vous ?
Les situations s’écrivent in situ, en dialogue avec l’espace public. Je repère un lieu, ses flux, ses contraintes, ses habitudes, puis j’imagine ce qui se passerait si une règle implicite était poussée à l’excès ou prise à contre-sens. Ces situations révèlent, selon moi, à quel point nos usages sont codifiés et automatiques. En les déformant, je cherche à faire apparaître leur absurdité, mais aussi leur poésie. Le public reconnaît quelque chose de familier, tout en étant invité à le regarder autrement. Ce regard oblique induit par la caméra ouvre un espace de jeu et de réflexion : il nous révèle que la ville n’est pas seulement un lieu de circulation et de règles, mais aussi un terrain d’imagination, de liberté et de ré-invention collective.
Dans ce projet, des citoyens complices sont invités à participer. Expliquez-nous leurs rôles et leurs influences sur l’écriture du film.
Cette collaboration permet avant tout de faire émerger une vision plurielle de la ville. Ces complices permettront d’amplifier certaines situations spatiales et temporelles. Certaines scènes seront aussi davantage crédibilisées par leur présence. Nous serons toujours à la frontière de ces questions : « qui habite réellement dans la ville ? » et « quel est le vrai, quel est le faux ? »
